Le témoin décrit le massacre ethnique perpétré par les forces de M. Ntaganda

Le premier témoin à comparaître lors du procès du chef de milice congolais Bosco Ntaganda s’est présenté à la barre aujourd’hui et a décrit un massacre de civils commis par les combattants de l’Union des patriotes congolais (UPC), un groupe dans lequel M. Ntaganda a occupé les fonctions d’adjoint du chef d’état-major.

Témoignant sous le pseudonyme de Témoin P-0805, attribué par la Cour, il a raconté comment les combattants de l’UPC avaient organisé une réunion pour la paix avec les membres d’un groupe ethnique rival près de la ville de Mongbwalu en République démocratique (RDC) mais avaient arrêté puis abattu ceux qui s’y étaient rendus. Le témoin a déclaré que ceux qui ont été tués appartenait à l’ethnie Lendu mais n’a pas donné les dates auxquelles les massacres s’étaient produits.

« Je sais qu’ils étaient Lendu car, après que ces personnes aient été tuées, j’ai été regarder leurs corps et j’ai noté que leur origine ethnique était Lendu », a indiqué le témoin. Il n’a pas précisé quelles caractéristiques lui avaient permis de déterminer l’identité ethnique de ceux qui avaient été abattus.

Le témoin a déclaré avoir parlé à une femme qui figurait parmi les personnes capturées à la réunion pour la paix. Elle lui avait déclaré que les combattants de l’UPC avaient détenu les prisonniers dans une maison toute une nuit. À l’aube, ils avaient sorti les prisonniers un à un puis les avaient abattus dans une plantation de bananes. Le témoin n’a pas indiqué en séance publique comment la femme anonyme avait survécu au massacre.

Le ‘‘Témoin P-0805’’ a bénéficié de mesures de protection et l’essentiel de son témoignage s’est déroulé à huis clos. En séance publique, il a affirmé qu’à l’époque des faits, il était commerçant mais qu’il était actuellement agriculteur.

Il a témoigné avoir fui son village après avoir été attaqué par des soldats de l’UPC.

« Pourquoi était-il important pour vous d’éviter l’UPC ? », a demandé le substitut du procureur Eric Iverson.

« J’ai évité l’UPC car je redoutais qu’ils me tuent puisque j’appartenais à la tribu Lendu », a répondu le témoin.

Il a expliqué que, à l’époque, il existait une guerre tribale entre l’UPC et la tribu Lendu.

D’après le témoin, les membres de la communauté ethnique Nande avaient également fui leurs maisons par peur des attaques de l’UPC.

Lorsqu’il était revenu chez lui après deux semaines et demie environ, le Témoin P-0805 avait découvert que les soldats de l’UPC avaient démoli sa maison et volé ses biens, notamment 53,5 g d’or d’une valeur de 4 920 $, 9,3 g d’alliage d’or, 12 pantalons, 14 chemises, 7 paires de chaussures, 5 paires de sandales et une bicyclette.

«Ma maison a été démolie, une maison qui avait été construite avec 22 morceaux pour le toit en tôle», a-t-il ajouté.

Ntaganda est accusé de meurtre, de viol, d’esclavage sexuel, de pillage et d’utilisation d’enfants soldats, entre autres crimes, qui auraient été commis contre la population civile de la province d’Ituri en RDC qui n’était pas Hema lors d’un conflit ethnique qui a eu lieu en 2002 et 2003. Lorsqu’il s’est adressé au début du mois à la Cour, il a nié être un criminel et a affirmé avoir combattu pour un retour à la paix et la relocalisation des réfugiés.

L’accusation a toutefois prévu d’appeler plus de 80 témoins, dont un grand nombre témoigneront que M. Ntaganda a organisé et participé en personne à la commission des crimes qui lui sont imputés.

Le Témoin P-0805 poursuivra sa déposition demain matin à 9h30, heure locale, à La Haye.

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