L’ancienne fonctionnaire de l’ONU pour la démobilisation raconte les histoires des enfants soldats congolais

Une ancienne fonctionnaire des Nations unies pour la protection des enfants, qui avait travaillé pour la démobilisation des enfants soldats dans un Congo déchiré par les conflits en 2003, a raconté les histoires des jeunes combattants qu’elle avait aidé à quitter l’Union des patriotes congolais (UPC), la milice dans laquelle Bosco Ntaganda était un haut commandant.

Témoignant au procès Ntaganda à La Haye, Kristine Peduto, qui avait travaillé avec la mission des Nations Unies au Congo (MONUC), a raconté les histoires d’anciens soldats qu’elle-même et son équipe avaient interviewés au centre de transit pour enfants soldats démobilisés de Bunia, au Congo. Un ancien enfant soldat lui avait déclaré que M. Ntaganda « avait exécuté au moins six soldats en public qui avaient refusé de se battre ». Le garçon inconnu, qui avait affirmé avoir servi en tant que garde du corps de M. Ntaganda, lui avait dit avoir changé d’unité « car M. Ntaganda tuait trop ».

Mme Peduto a déclaré qu’elle avait, avec son équipe, interviewé jusqu’à 420 enfants liés à différentes milices ethniques armées de Bunia et des villes avoisinantes de Lipri, Bambu, Kobu, et Rwampara. Les entretiens visaient à comprendre la manière dont les enfants intégraient les groupes armés. « Nous documentions leurs expériences afin d’apporter des réponses aux victimes », a-t-elle indiqué.

Selon un de ses rapports, qui a été présenté à la Cour cet après-midi, jusqu’à 34 enfants n’avaient pas été démobilisés en mai 2003. Il s’agissait de garçons de 15 ans en moyenne. Le plus jeune avait 11 ans. Les enfants avaient été recrutés entre novembre 2001 et février 2003.

C’est la seconde fois que Mme Peduto témoigne devant la CPI. Elle a témoigné précédemment en juillet 2009 au procès du chef de l’UPC, Thomas Lubanga. Dans son témoignage de l’époque et dans celui de cet après-midi également, elle a affirmé que, en 2003, elle avait travaillé avec différentes organisations non gouvernementales à Bunia pour démobiliser les enfants soldats.

« La majorité des enfants que j’ai interviewé étaient liés à l’UPC », a-t-elle déclaré. Lors des entretiens, certains enfants ont indiqué à Mme Peduto qu’ils avaient été recrutés de force dans l’UPC.

En réponse à une question sur l’âge des enfants posée par le substitut du procureur Julieta Solana, Mme Peduto a répondu qu’elle ne pouvait vérifier leur âge mais que certains semblaient « très jeunes ». Elle a ajouté que quelques enfants mentaient sur leur âge : « Beaucoup avaient l’air plus jeune que l’âge qu’ils avaient indiqué ».

L’ancienne fonctionnaire de l’ONU a déclaré qu’elle avait visité avec son équipe Mandro, où l’UPC avait précédemment un camp d’entraînement, pour vérifier un incident particulier. Son équipe n’avait « rien » trouvé au camp.

« Qu’avez-vous vu à Mandro ? », a demandé Me Solano.

« L’endroit où le camp militaire devait se trouver n’existait plus. Il avait été incendié », a-t-elle répondu.

Lors du premier témoignage de Mme Peduto devant la CPI, M. Ntaganda était encore en liberté. Depuis, M. Lubanga a été déclaré coupable, en mars 2012, pour le recrutement et l’enrôlement d’enfants ainsi que pour les avoir utilisés dans un combat armé, puis a été condamné à une peine de prison de 14 ans. Entretemps, 18 charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, dont l’utilisation d’enfants soldats, ont été confirmées à l’encontre de M. Ntaganda en juin 2014. L’accusé, qui s’était rendu volontairement à la CPI en avril 2013, a plaidé non coupable.

Mme Peduto poursuivra son témoignage demain.

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