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Un ancien combattant déclare aux juges de la CPI que M. Ntaganda a ordonné des massacres ethniques

Un ancien combattant de la milice dans laquelle Bosco Ntaganda a été chef adjoint de l’état major a déclaré aux juges de la Cour pénale internationale (CPI) que M. Ntaganda avait ordonné aux recrues : « allez de maison en maison et si vous trouvez des ennemis, tuez les ».

Témoignant à charge au procès Ntaganda pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui se tient devant la Cour basée à La Haye, le témoin P888 a indiqué que les ordres avaient été exécutés dans la ville congolaise de Songolo. « Plusieurs personnes ont été tuées. Nous les avons tué et nous avons incendié leurs maisons. Nous avons également pris tous les objets de valeur et nous les avons donné aux commandants », a-t-il précisé.

Le témoin P888 a déclaré que lors de leur entraînement au camp du groupe à Mandro, les recrues de l’Union des patriotes congolais (UPC) avaient appris « à affronter l’ennemi et comment obtenir le pouvoir ».

« Qui était l’ennemi et qu’entendez-vous par obtenir le pouvoir ? », a demandé le substitut du procureur Diane Luping.

« Nous étions des Hema. Les Lendu et les Ngiti étaient les ennemis. Afin d’obtenir le pouvoir, nous devions les attraper et les chasser de leurs zones », a répondu le témoin, faisant référence aux différents groupes ethniques de l’est du Congo.

Concernant le combat qui a eu lieu à Songolo, le témoin P888 a admis qu’il n’avait ni vu ni entendu M. Ntaganda donner directement l’ordre de tuer. Il avait cependant entendu dire par les autres soldats que l’accusé avait donné des ordres à d’autres commandants par le biais d’une radio Motorola.

Le témoin P888 a déclaré que des bébés et des enfants dont certains avaient 5 ans figuraient parmi les personnes tuées lors des combats qui s’étaient déroulés dans cette ville. Le témoin a indiqué que les objets volés comprenaient des appareils photo, des radios et des postes de télévision. Il a ajouté : « Nous allions même dans les magasins et prenions des marchandises comme des biscuits, des sardines et des vêtements ». Il a précisé que les objets les plus chers étaient donnés aux commandants tandis que les recrues gardaient ceux de moindre valeur comme les habits.

Le témoin P888 comparaissait avec des mesures de protection telles que la déformation numérique de la voix et du visage. De plus, les audiences ont été fréquemment tenues à huis clos afin de protéger son identité. Dans les moments où son témoignage a été apporté en séance publique, le témoin a déclaré avoir été recruté dans l’UPC puis il a décrit les conditions du camp d’entraînement du groupe comme étant « difficiles ».

« Combien de fois mangiez-vous par jour ? », a demandé Me Luping.

« Nous n’avions qu’un repas par jour. On nous servait ce repas vers 6 ou 7 h du soir », a-t-il répondu.

Les recrues étaient chargées de construire les maisons occupées par les commandants du camp. « C’était nous qui construisions les abris dans lesquels les commandants passaient la nuit », a-t-il indiqué.

Le témoin P888 a également déclaré avoir entendu parler du viol de recrues féminines par des commandants. « Lorsqu’elles étaient violées, elles ne pouvaient pas dire non car il s’agissait des commandants et ils étaient plus forts que les filles », a-t-il précisé. Le témoin n’a toutefois pas été en mesure de donner un seul nom des coupables. Il a également été incapable d’estimer l’âge des victimes de viol mais il a déclaré « qu’elles avaient probablement 16 ou 17 ans ».

Le témoin a indiqué que les recrues qui tentaient de fuir du camp étaient punies en étant battues devant les autres recrues.

Les procureurs de la CPI accusent M. Ntaganda de nombreux crimes, dont l’attaque contre des civils, le viol et l’esclavage sexuel de civils, le pillage, le meurtre et le déplacement de civils. Il est également accusé de viol, d’esclavage sexuel, d’enrôlement et de conscription d’enfants soldats de moins de 15 ans ainsi que de les avoir utilisé dans des hostilités. M. Ntaganda nie la responsabilité de ces crimes, qui auraient été commis en 2002 et 2003, affirmant qu’il n’avait combattu que pour la paix et le retour des civils déplacés dans leurs maisons.

Le témoin P888 poursuivra son témoignage demain matin.

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