International Justice Monitor

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Les soldats de M. Ntaganda « violaient les prisonnières avant de les exécuter »

Un ancien combattant du groupe dans lequel Bosco Ntaganda était commandant a raconté que les miliciens avaient exécuté plus de 40 civils le lendemain du jour où ils les avaient fait prisonniers. Il a déclaré que les combattants de l’Union des patriotes congolais (UPC) avaient violé les prisonnières avant de les tuer.

« Ils ont violé certaines personnes avant de les exécuter », a-t-il indiqué à propos de la conduite de ses anciens collègues pendant des attaques de la ville de Kobu en République démocratique du Congo (RDC) au mois de février 2003. Il a ajouté : « Lorsque nous étions dans un campement, des soldats parlaient de ce qu’ils avaient fait…ils ont dit avoir violé un certain nombre de personnes avant de les exécuter ».

L’ancien combattant témoigne à charge au procès Ntaganda qui se tient devant la Cour pénale internationale (CPI) sous le pseudonyme de témoin P963 ainsi qu’avec une déformation numérique de la voix et du visage lors des transmissions de son témoignage pour protéger son identité. Il a indiqué que les auteurs parlaient ouvertement de leurs viols et exécutions de prisonniers au camp de la milice situé dans la ville de Bunia. Lors d’une séance à huis clos, le témoin a donné le nom des soldats qui affirmaient avoir commis des viols.

Le témoin P963 a indiqué que pendant une opération impliquant trois brigades de l’UPC, 48 civils environ avaient été capturés. Le témoin a précisé avoir vu les prisonniers en file indienne devant une maison alors que les soldats de l’UPC les interrogeaient. Les prisonniers n’étaient pas armés et suppliaient, affirmant qu’ils étaient des civils et qu’ils n’avaient aucune arme. À ce moment-là, les soldats de l’UPC exigeaient que les prisonniers révèlent où se trouvait un lance-grenade que les combattants Lendu avaient pris à l’UPC pendant une bataille dans la ville de Lipri.

Le témoin a affirmé que, plus tard dans la nuit, les prisonniers avaient été exécutés. « Lorsqu’ils ont été emmenés pour être exécutés la nuit, certains d’entre eux se sont mis à crier…il faisait sombre mais nous pouvions voir les gens passer. »

« Je ne peux dire ce qu’ils criaient mais certains pleuraient alors qu’ils étaient emmenés par des groupes de soldats ».

Le substitut du procureur Julieta Solano a demandé, « Lorsqu’elles ont été emmenés dans la plantation de bananes pour être exécutés, ces personnes pouvaient-elles s’échapper ? ».

« Non », a répondu le témoin. « Ceux qui les emmenaient étaient armés et si elles avaient tenté de s’enfuir, elles auraient été abattues de toute façon ».

Selon le témoin, aucun soldat ou commandant ayant commis un viol ou participé à l’exécution n’a été puni. Dans son témoignage d’aujourd’hui, le témoin P963 a cité les commandants de l’UPC Salumu Mulenda et Simba comme étant les supérieurs des soldats qui ont commis des viols, des meurtres et des pillages.

Au moins deux témoins de l’accusation précédents ont raconté des massacres commis par les combattants de l’UPC. Le premier témoin à se présenter à la barre, le témoin P0805, a raconté que les combattants de l’UPC avait convoqué une réunion pour la paix avec les membres de la communauté Lendu mais avaient, à la place, arrêté puis abattu ceux qui s’y étaient rendus. Il a déclaré avoir compté 49 corps de civils abattus, y compris des femmes et des enfants, dont certains avaient à peine deux ou trois ans. De même, le témoin P790 a indiqué que les troupes appartenant à la milice avaient tué au moins 57 civils, y compris des femmes et des enfants, lors de quatre attaques sur Kobu.

Selon le substitut du procureur de la CPI Fatou Bensouda, M. Ntaganda était le commandant en chef chargé des opérations lors des deux principales attaques pour lesquelles il est jugé puisqu’il « a planifié, coordonné et commandé les attaques ». Le procureur a déclaré que, au lieu de punir le commandant Mulenda, qui avait mené les assassinats de Kobu, M. Ntaganda l’avait félicité d’être un « vrai homme ».

Dans sa déclaration liminaire de septembre dernier, l’accusation a indiqué que le commandant Mulenda avait violé un témoin, que le commandant Abelanga était un « violeur en série » tandis que le commandant Simba « parlait ouvertement d’avoir violé des femmes avant de les tuer lors du massacre de Kobu ».

Le témoin P963 poursuivra son témoignage demain matin.

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