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Le témoin déclare que les soldats de M. Ntaganda l’ont torturé et tué six membres de sa famille

Une victime des crimes qui auraient été commis par les troupes de Bosco Ntaganda a raconté que les combattants de l’Union des patriotes congolais (UPC) l’avaient torturé et tué six membres de sa famille, y compris sa femme.

Témoignant en swahili sous le pseudonyme de témoin V1, il a indiqué lundi aux juges de la Cour pénale internationale (CPI) que les troupes rebelles avaient également incendié ses trois maisons et volé les produits alimentaires ainsi que les autres biens domestiques.

Il a déclaré que son calvaire aux mains des rebelles avait commencé vers la fin de 2002 lorsqu’ils l’avaient arrêté et détenu dans une prison du village de Nizi. « Ils m’ont battu gravement avant d’atteindre Nizi et quand j’y suis arrivé, ils m’ont battu de nouveau violemment », a raconté le témoin, qui était précédemment connu sous le pseudonyme, donné par la Cour, de victime a/00256/13.

Le témoin a relaté que, dans la prison, les combattants de l’UPC l’avaient déshabillé et l’avaient arrosé d’eau froide avant de le battre « des heures durant » avec des bâtons et des clubs.

« Est-ce que les soldats vous ont dit pourquoi ils vous battaient ? Ont-ils dit quelque chose ? », a demandé le représentant légal des victimes, Dmytro Suprun.

Le témoin V1 a répondu que, lorsque les miliciens l’avaient battu, ils avaient déclaré, « C’est parce que vous êtes Lendu. Nous sommes les maîtres des Lendu ». Il a ajouté : « Ils m’ont arrêté parce que je suis Lendu et, à cette époque, les Hema et les Lendu ne s’entendaient pas, ils se battaient ».

Ntaganda est jugé devant la CPI pour différents crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui auraient été commis par lui-même et par ses troupes lors du conflit ethnique de 2002 qui s’est déroulé dans la région congolaise d’Ituri. Les procureurs ont déclaré que l’UPC, majoritairement Hema, dont M. Ntaganda était le chef adjoint de l’état-major, avait commis de nombreuses atrocités à l’encontre des Lendu pour les chasser de la région.

Le témoin V1 a été gardé en captivité à Nizi pendant quatre jours, pendant lesquels il a été forcé de nettoyer les latrines des miliciens à mains nues et de chercher de l’eau pour ces derniers. « Lorsque je nettoyais les toilettes, je le faisais à mains nues … je nettoyais les toilettes après avoir reçu des coups. J’ai été blessé », a-t-il dit.

Il a déclaré qu’il avait été ensuite transféré dans la ville de Bunia où l’UPC avait son quartier général. Là, un commandant anonyme qui devait appartenir au groupe avait ordonné qu’il soit emmené à un centre de santé car il était gravement blessé à la tête et à l’abdomen et ne pouvait marcher.

Après avoir reçu un traitement médical, en décembre 2002, le témoin était rentré chez lui mais un ou deux jours plus tard, son village avait été attaqué par les combattants de M. Ntaganda. C’est pendant cette attaque qu’un obus tiré par les miliciens avait tué six membres de sa famille.

Ce jour fatidique, il avait déclaré avoir entendu une explosion dans sa cour et être sorti de sa maison pour vérifier. « J’ai remarqué que ma femme gisait par terre. Elle était morte. J’ai également vu un de mes enfants couché sur le sol, un de mes neveux couché sur le sol et un autre qui avait été touché. Toutes ces personnes sont mortes en même temps, six personnes », a déclaré le témoin V1.

Me Suprun a ensuite demandé, « Qu’avez-vous ressenti lorsque les membres de votre famille ont été tués par l’explosion ? ».

« Du chagrin », a répondu le témoin. « Et pendant six mois, je ne voulais pas adresser la parole à une femme parce que mon épouse avait été tuée, mes enfants avaient été tués. Ainsi, pendant six mois, je ne voulais absolument pas parler à une femme parce que j’éprouvais une douleur immense ».

Le témoin V1 a déclaré qu’il souffrait encore énormément de douleurs consécutives à la torture des soldats de l’UPC et qu’il prenait au minimum trois comprimés par jour pour diminuer la douleur. De plus, il lui était difficile de cultiver ses jardins car ses mouvements étaient réduits à cause de ses blessures.

Le témoin V1 est le premier des trois témoins qui ont été victimes des crimes de l’UPC et qui doivent témoigner cette semaine, les deux autres étant le témoin V2 (préalablement dénommé victime a/30365/15) et le témoin V3 (préalablement dénommé victime a/30012/15). Le mois dernier, cinq victimes ont présenté leurs vues et préoccupations à la Cour, leurs présentations étant limitées aux préjudices qu’elles avaient subi.

Les avocats représentant les victimes ont demandé à ce que huit victimes présentent leur témoignages et que quatre d’entre elles présentent leurs vues et préoccupations. Les juges ont cependant refusé d’entendre le témoignage de trois des personnes proposées et n’ont été autorisées qu’à apporter un témoignage.

Interrogé par Me Suprun pour savoir ce qu’il attendait du procès si M. Ntaganda était déclaré coupable, le témoin V1 a répondu qu’il avait besoin d’aide pour reconstruire ses trois maisons aux toits de chaume que les rebelles avaient incendiés.

Il a ajouté : « J’ai également perdu des membres de ma famille. J’aimerai pouvoir construire des tombes et les enterrer dignement ».

Le témoin V1 a conclu son témoignage cet après-midi via un lien vidéo. Il a témoigné avec des mesures de protection, telles que l’utilisation d’un pseudonyme et une déformation numérique de la voix et du visage lors des transmissions publiques de son témoignage. L’ensemble du contre-interrogatoire a été mené par la défense à huis clos.

Mardi matin, un autre témoin appelé par les avocats des victimes se présentera à la barre.

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