Le procès Ntaganda reprend avec un témoin entendu essentiellement à huis clos

Les audiences du procès de l’ancien chef de milice congolais Bosco Ntaganda qui se tient devant la Cour pénale internationale (CPI) ont repris aujourd’hui après une pause de trois semaines mais le témoin entendu a apporté l’essentiel de sa déposition à huis clos.

Ce témoin, qui semble avoir été soldat dans la milice de l’Union des patriotes congolais (UPC) étant donné sa connaissance du fonctionnement interne du groupe, a demandé à la Cour de lui accorder une immunité pour le protéger de l’auto-incrimination, une demande à laquelle ni l’accusation ni la défense ne se sont opposées.

Au début de l’audience, le juge président Robert Fremr a indiqué que le témoin s’était vu accordé des mesures de protection, notamment l’utilisation d’un pseudonyme, ainsi que la déformation numérique du visage et de la voix afin de ne pas divulguer son identité.

Lors des brefs moments où il a témoigné en séance publique, le témoin a déclaré que les commandants de l’UPC, y compris M. Ntaganda, avaient fermé les yeux sur les pillages commis par les soldats du groupe. Il a évoqué de l’or qui aurait été volé par M. Ntaganda dans la ville congolaise de Mongbwalu et transporté par son cousin vers le quartier général de Bunia.

« Avez-vous connaissance d’autres commandants impliqués dans le pillage de Mongbwalu, comme dans le pillage que vous avez décrit impliquant M. Ntaganda ? », a demandé le substitut du procureur Nicole Samson.

Le témoin a répondu que le pillage avait été perpétré par plusieurs combattants de l’UPC, qui avaient pillé un hôpital à Nyakunde et qui avaient volé des vêtements et d’autres marchandises dans des magasins de Mongbwalu.

Le témoin a toutefois admis qu’il n’avait pas assisté personnellement aux incidents de pillage présumés qu’ils décrivait.

« Je n’étais pas présent lorsque le pillage s’est produit mais lorsqu’ils [commandants de l’UPC] étaient arrivés après le combat de Nzebi et le combat de Sayo, ils avaient des valises », a précisé le témoin. Il a ajouté, « Leurs gardes du corps portaient des valises et certains d’entre eux portaient des boîtes de bouteilles de bière et on m’a dit que ces biens provenaient de magasins du centre de Mongbwalu ».

Le témoin a également déclaré qu’il avait vu le corps de « nombreux civils », notamment de femmes et d’enfants, qui avaient été tués pendant les combats. Il pouvait indiquer qu’il s’agissait de civils car, contrairement aux combattants Lendu qui se battaient contre l’UPC, les civils ne portaient pas d’armes ou de peaux d’animaux et de gris-gris.

Le témoin a déclaré avoir vu les corps lors d’un déplacement vers Sayo, le troisième jour des combats qui opposaient les forces de l’UPC et les combattants Lendu. Il a indique que M. Ntaganda était en ville pendant ces combats.

Ntaganda, qui a été chef adjoint de l’état-major de l’UPC, répond de 18 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité (notamment le meurtre, le viol, l’esclavage sexuel et le pillage, entre autres crimes), qui auraient été commis en 2002 et 2003. Les crimes présumés ont été perpétrés lors d’un conflit ethnique qui a eu lieu dans la région de l’Ituri, en République démocratique du Congo.

Jusqu’à présent, trois témoins ont conclu leurs dépositions devant la Cour. Il s’agit du témoin P-0901, un ancien membre de l’UPC ; du témoin P-0805, qui a témoigné sur les massacres de civil Lendu ; et du témoin expert Roberto Garretón, dénommé également témoin P-0931, un ancien rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme pour les Nations Unies sur les droits de l’homme en RDC. L’accusation a prévu d’appeler huit autres témoins d’ici le 30 novembre 2015.

Les audiences du procès se poursuivront demain matin.

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